Xavier Debbasch, Airweb : «porter le Web tel quel sur la TV, je n’y crois pas»

Démonstrateur Google TV de Sony, sur l'IFA, à Berlin.

Selon certains, les premiers pas du concept Google TV seraient un échec. Je ne suis pas surpris : l’avant-goût que j’en avais eu à l’occasion de l’IFA, à Berlin, en septembre dernier, ne m’avait pas du tout convaincu. Mais j’ai voulu profiter d’un autre regard sur le sujet – et, plus généralement, sur les rapports entre Internet et télévision -, celui de Xavier Debbasch, co-fondateur et directeur général d’Airweb.

Pour lui, c’est clair, la Google TV «n’est pas un produit à fort succès pour l’instant. Mais il vaut mieux voir cela comme une première tentative pour faire en sorte que le téléviseur serve à autre chose qu’à regarder des programmes en broadcast. Et il y a beaucoup de réflexion sur ce sujet actuellement, dans de nombreux métiers différents.» Et de relever que certaines «mauvaises langues ont comparé Google TV à Tak de Thomson).» Tak, c’était un essai de téléviseur interactif lancé il y a près de 10 ans avec Microsoft. Un produit qui était accompagné d’un clavier d’ordinateur en guise de télécommande. Et un bide.

Présentation de HbbTV sur l'IFA

Pourquoi ? On pourrait avancer de nombreuses hypothèses. Mais pour Xavier Debbasch, c’est le concept même qui est à affiner : «porter Internet tel quel sur la TV, je n’y crois pas.» Pas question, donc de se contenter d’apporter le Web «dans un navigateur sur la télévision.» Et c’est avant tout une question d’usage : «même si c’est Google qui essaie de vous mettre un clavier et une souris dans les mains, je ne suis pas sûr que ça va prendre» face à la traditionnelle et relativement simple télécommande. Ce à quoi croît Xavier Debbasch, c’est à des services interactifs venant compléter l’expérience télévisuelle. A l’instar de HbbTV ou de Internet@TV de Samsung ? «Ou comme ce que proposent déjà les set top box. L’idée, par exemple, c’est qu’alors que vous regardez un film loué en VOD vous puissiez accéder à des informations sur les acteurs, en direct.»

Surtout, si quelque chose doit prendre la place de la télécommande, ce sera pas un clavier… «mais un smartphone ou une tablette. Plus généralement, la télécommande de la vie de tous les jours, à terme, ce sera sans doute le mobile.» Les applications Remote ou celles de télécommande de Freebox pour iPhone vont d’ailleurs déjà dans ce sens. De même que le couple Akinator/Akinamote : «on a voulu montrer que des interactions sont possibles entre smartphone et télévision,» explique Xavier Debbasch.

Présentation d'Internet@TV, les services des TV connectées de Samsung

Mais il veut aller plus loin comme «intégrer les réseaux sociaux; beaucoup de gens discutent des programmes pendant leur diffusion sur Facebook ou sur Twitter. Il n’y a qu’à voir Secret Story.» Plus loin, «si la téléviseur du salon reste un objet familial, il peut avoir de temps à autre un usage personnel. Alors il serait pratique que l’on puisse s’approcher et qu’il y ait reconnaissance par le téléviseur, via le smartphone, pour proposer des programmes personnalisés. On réfléchit clairement dans ce sens-là, pour la personnalisation du guide électronique des programmes.» Seulement voilà, «les opérateurs ont un problème avec ça : ils se démènent pour avoir le droit de diffuser des chaînes et n’ont pas envie que l’utilisateur puisse en ‘cacher’ facilement…»

De quoi toucher à la question épineuse des modèles économiques et des droits sur les contenus. «Pour l’heure, il n’y a pas de modèle économique pour la télévision interactive, ni même pour la télévision de rattrapage.» En fait, le petit monde de la télévision aurait été pris de court : «les gens veulent uniquement les programmes qu’ils veulent, quand il le veulent. C’est venu très vite, trop vite.» Et sur la catchup TV, «il y a un peu de publicité mais, malgré l’audience, vendre de l’espace là est beaucoup plus difficile qu’entre 19h30 et 20h30 sur TF1.» Et le problème se pose aussi en termes de droits dans les contrats de diffusion… Reste que «les jeunes adultes ne consomme qu’à la demande; les plus adolescents ne veulent consommer que comme ça. La nouvelle génération de consommera plus en broadcast.»

Pour Xavier Debbasch, «à terme, les services de catchup TV pourraient devenir au moins en partie payants.» Pour lui, «la facilité fera que l’on paiera. Plus c’est simple et plus le montant est faible, plus on est tenté d’acheter, quitte à ce que ce soit de manière impulsive.» Et de renvoyer au succès de l’App Store d’Apple : «c’est la simplicité et la fluidité des produits Apple qui fait que les gens consomment plus et en payant.» Et pour lui, signe que la demande est bien là : «même Free, dont l’offre n’est pas la plus fluide au monde, vend beaucoup de vidéo à la demande.»

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