Un aperçu du futur, avec Deutsche Telekom

Aux côtés de quelques dizaines de journalistes européens, j’ai récemment été invité au siège de Deutsche Telekom (DT), à Bonn, en Allemagne. Surtout pour discuter Cloud, avec la SSII maison, T-Systems, mais aussi pour visiter la T-Galery; le showroom de l’activité R&D de l’opérateur. Vous me suivez ?

Tout commence par la maison connectée. Imaginons deux secondes : la serrure à clé a laissé place à une serrure électronique, compatible NFC et donc activée par un smartphone. Derrière, les automatismes sont omniprésents : j’entre chez moi; la chaîne Hi-Fi reprend automatiquement la lecture de la musique que j’écoutais sur mon smartphone en arrivant. J’ai envie d’autre chose ? Pas de souci : je choisi mon contenu multimédia sur mon appareil et je le fais glisser, du bout du doigt, hors de l’écran. Je choisir alors le terminal de lecture de mon choix. Le téléviseur, par exemple.

Au salon, assis sur le canapé, je n’ai pas besoin de mon smartphone : un projecteur affiche sur l’accoudoir un menu. Une interface capacitive dissimulée dans la matière intercepte mes ordres – mais un truc façon Kinect, ce serait mieux, non ?

Le hall d'entrée du siège de Deutsche Telekom à Bonn.

Le sujet de la télévision ne manque de soulever nombre de questions. Notamment après le bide – initial, au moins – de Google TV. Pour les experts de DT, le gratuit de la télévision, financé par la publicité est moribond; tué peu à peu par la télévision de rattrapage, le Replay TV. La solution ? «La publicité ciblée, adaptée au contexte» et même étendue au placement produit, dynamique, et encore… «adapté au contexte.» Une solution «d’avenir», selon eux qui indiquent en discuter avec les fournisseurs de contenus et avec les bouquets TV. Tout en tenant compte du respect de la vie privée. Ici, la règlementation sur le sujet est «stricte» et l’on ne badine pas avec la règlementation.

Mais l’Allemagne a des points communs avec la France et, en particulier, le vieillissement de sa population. Et le senior, c’est un marché. Pas question de l’exclure de l’équation. Des visites du showroom sont même organisées à des représentants de ce public : «pour eux, les menus, c’est trop compliqué. Une dame nous a expliqué que lorsqu’elle veut regarder quelque chose, elle demande à son mari de le lui mettre. Pour elle, la référence de la simplicité, c’est ça. Alors on développé un système de recherche en langage naturel, basé sur des méta données.»

Mais revenons un instant à la télévision «augmentée», façon Google TV, et à la Replay TV, ou à TV à la demande. Tout cela n’est-il pas tout simplement en train de tuer les chaînes de TV classiques ? Pas selon DT : «certaines personnes veulent simplement une distraction» et DT se pose en simple intermédiaire technique… Pour lui, les fournisseurs de contenu sont des partenaires. Mouais. Je suis moyennement convaincu par ce point-là. À terme, la logique veut que la TV à la demande fasse disparaitre la TV en continu telle qu’on la connaît. Quitte à ce que des algorithmes intelligent permettent de reproduire artificiellement un pseudo «flux contenu.». Ne resteront alors que les événements «live» ou des rendez-vous majeurs. Mais la plateforme technique entre consommateur et fournisseur de contenu n’a pas, à mon sens, vocation à rester la chaîne de télévision telle qu’on la connaît. À terme, en tout cas. Long terme, sûrement.

Allez, on continue la visite. Au menu : contrôle intelligent de la consommation électrique dans la maison, jusqu’à la moindre ampoule. L’idée ? Vendre le logiciel et les services au fournisseur d’électricité. Pour que le consommateur n’ait pas à payer. Du moins pas de manière visible. Cela me renvoie à Linky, en France… et me laisse légèrement dubitatif.

Mais l’on va plus loin : dans la voiture, dans le train. Pour la voiture, je vous renvoie à mon précédent billet sur les smartphones et l’infotainment automobile : DT semble travailler dans une direction comparable. Pour le train, l’idée est similaire : le smartphone est au centre de l’écosystème. Avec reconnaissance NFC quand j’arrive à mon siège. Ce qui permet au train de vérifier que j’ai bien payé ma place – les syndicats de contrôleurs vont adorer… le patron de Deutsche Bahn serait quant à lui totalement séduit. Mais aussi à l’écran, intégré au dossier du siège, devant ma place, de reprendre la lecture de la vidéo que j’ai louée précédemment et commencé à regarder en balade. Mais qui paiera quoi ? C’est toute la question – qui renvoie d’ailleurs à celle de la neutralité du Net et du partage des revenus entre acteurs de la chaîne de valeur : «on est d’accord sur le fait que c’est la direction vers laquelle il faut aller; que les clients veulent ça. Après, il faut se mettre d’accord sur le partage des revenus.» Et je pressens que cela ne va pas être très simple… Le démonstrateur reconnaît la menace sur le métier de contrôleur. Mais son côté consommateur prend le dessus : «personnellement, je suis prêt à payer mon billet plus cher pour avoir de tels services.» Ça, je me doute. Mais ce n’était pas exactement la question…

Bref, la vision technologique de DT est intéressante. A de nombreux égards, elle est même passablement séduisante. Mais elle m’inspire une réflexion : la technologie n’a pas finie de tuer des métiers.

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