Apple, l’ultime dindon de la farce des avertisseurs de radars ?

Mise à jour ce lundi 30 mai, dans l’après-midi, sur MacGénération »

L'annonce de l'Afftac sur le site d'Avertinoo

Le malaise m’a paru palpable, ce matin, alors que j’essayais de discuter, au téléphone avec l’un des éditeurs d’avertisseurs de radars pour iPhone, membre de l’Afftac. Il faut dire que la communication est quelque peu brouillonne, ce samedi 28 mai, alors que l’Afftac a rencontré Claude Guéant, au ministère de l’Intérieur, hier soir. Vu du ministère, les avertisseurs de radars devraient se transformer en avertisseurs de «zones dangereuses,» avec interdiction d’avertir de la position exacte des radars. Vu de l’Afftac, rien ne change vraiment et «la fonction “avertisseur de zones à risques” permet de signaler et de partager, comme avant, toutes les informations (perturbations routières, accidents, ralentissements, radars, patrouilleurs sur autoroute…). Nos appareils gardent leurs fonctions communicantes temps réel.» Une lecture fine de ces deux messages en apparence contradictoires laisse à penser que oui, les avertisseurs pourront continuer de remplir leur rôle mais peut-être pas avec la même précision qu’actuellement. Et qu’au lieu d’avoir une indication «radar fixe à 700 mètres», ce sera plutôt «vous entrez dans une zone dangereuse», deux voire trois ou encore quatre kilomètres avant le dit radar fixe – ou tout juste 10 mètres. D’autant que l’indépendance des différents services semble fortement remise en cause : «les services de l’Etat apporteront ainsi leur appui à la diffusion de l’information, qu’il s’agisse des vitesses autorisées, de l’état du trafic ou de la lutte contre la somnolence.»

Rien ne change et ça change tout

Sur les forums d’Avertinoo, un utilisateur du logiciel résume, sur le mode avant-après : «radar fixe = zone accidentogène; radar de feu = carrefour dangereux; radar mobile = danger; danger = accident». Pour un autre, c’est simple «Aaaah non, l’Afftac, bande de vendus !» Une remarque qui donne bien la tonalité des commentaires sur la page Facebook de l’Afftac. De mon côté, j’imagine bien le ton de la réunion d’hier, Claude Guéant accueillant l’Afftac par un souriant «nous devons trouver un moyen de sortir ensemble de cette situation par le haut.» En clair : faire en sorte qu’aucun des protagonistes ne perde la face – ou son gagne-pain. D’ailleurs, pour le ministre, «tout le monde y trouve son compte.» Mais les utilisateurs qui s’étaient mobilisés pour défendre les avertisseurs de radars – plus de 193 000 fans sur la page Facebook de l’Afftac ce matin – ne semblent pas totalement satisfaits de l’issue de leurs efforts. Et je comprends sans mal que l’Afftac ait besoin d’un bon week-end pour affiner sa communication. Pour Patrice Girard, sur Pitstop, «l’association doit maintenant trouver les mots justes pour expliquer ce qu’il s’est décidé sans trop froisser les usagers…» «Nous avons à coeur de garder la même qualité de service» m’a bredouillé au téléphone, ce matin, l’un des membres de l’association. Pas sûr qu’une telle langue de bois suffise à convaincre.

Il y aura bien des victimes économiques

Ecran de la carte des signalement sur Trapster en banlieue sud ouest de Paris

Si les membres de l’Afftac pensent avoir réussi à sauver leur gagne-pain, selon moi, elles se trompent. Sur la page Facebook de l’association, les recommandations à passer à l’américain Trapster.com se multiplient déjà. Et je serais curieux de voir la courbe de ses nouvelles inscriptions et des téléchargements de son application – totalement multi-plateformes et qui semble bien couvrir la France. Certes, si la commercialisation d’avertisseurs de radars doit effectivement être interdite en France au premier janvier prochain [audacieux comme planning par rapport au calendrier électoral…], l’Etat pourrait bien demander à Apple de ne plus distribuer Trapster, en France, sur son AppStore. Ou même chercher à filtrer l’accès au service. Ce qui pourrait avoir au moins deux conséquences : faire du tort à un Apple – iCoyote et Avertinoo semblent être de belles réussites commerciales sur son AppStore… – en poussant les adeptes de l’avertisseur vers Android – plateforme sur laquelle il est possible d’installer des applications sans passer une boutique applicative en ligne; et développer l’usage des réseaux privés virtuels. Des VPN qu’Hadopi a probablement déjà contribué à démocratiser. Mais avant cela, il semble qu’un fournisseur de Coyote commence déjà à souffrir.

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