Time Machine, AirPlay, iTunes Home Sharing… comment Apple prépare son grand retour dans le stockage

Qu’il y a-t-il de commun entre Time Machine, AirPlay et la fonction Home Sharing d’iTunes, voire même – poussons le vice un peu plus loin – Mac OS X Server et les Portable Home Directories ? Les toutes dernières technologies du stockage : la déduplication et le snapshotting. Un tel rapprochement est pour le moins brutal; je le concède volontiers. Il mérite donc explications. Le tout plaçant sous une lumière toute particulière les rumeurs d’adoption de ZFS, le système de fichiers de Solaris (et donc de Sun, non, pardon, d’Oracle), dans Mac OS X Server. Hélas jamais concrétisées à ce jour. Mais regardez donc comment elles feraient sens.

D’une certaine façon, Time Machine est une solution de Snapshotting. Non pas intégrée au système de gestion des fichiers, le File System, mais au système d’exploitation. Une couche au-dessus, donc. Comprenez : Time Machine fait des sauvegardes régulières des fichiers et permet de parcourir celles-ci pour procéder à des restaurations ciblées, ponctuelles.

La fonction Home Sharing d’iTunes est censée être la réponse d’Apple à l’absence de solution digne de ce nom de centralisation/partage de la bibliothèque iTunes. Elle a un gros défaut : elle implique redondances sur les machines et, donc, surexploitation des ressources de stockage dans un contexte domestique.

AirPlay doit permettre à tout équipement «intelligent» de la galaxie Apple de commander la lecture de contenus depuis iTunes. Vers un Apple TV, un AirPort Express ou une solution partenaire. Mais hélas pas sur un iPad ou un iPhone, ou encore un iPod Touch, où l’on exécuterait l’application Remote. L’espoir faisant vivre, gageons que nous ne sommes qu’à un pas de cela. Le point intéressant, ici, est que l’application Remote tire profit de l’iTunes Home Sharing, ajoutant centralisation de commande là où il y a décentralisation du stockage des contenus. Vous suivez ? Bien. Continuons.

Les Portable Home Directories de Mac OS X Server fonctionnent selon la logique inverse. Là, on parle de centralisation totale : le dossier de départ – celui qui contient les données personnelles des utilisateurs (ce qui implique les contenus iTunes…) – est stocké sur une serveur Mac OS X; les «terminaux» – comprendre, les ordinateurs personnels – se contentent de piocher dedans via le réseau, pour permettre aux utilisateurs de retrouver leurs petits. Sauf qu’avec les Portable Home Directories, une copie des données est faite localement, sur le poste de travail, et régulièrement synchronisée. Suivant les paramètres définis par l’administrateur du réseau et du serveur.

Mais que viennent faire snapshotting et déduplication là-dedans, me direz-vous ? Tout, à y regarder de près. Ce mélange entre centralisation et décentralisation du stockage des données n’est effectivement viable qu’avec ces technologies. Et peut-être, d’ailleurs, entendra-t-on parler de nouveau du support de ZFS dans Mac OS X Server. Voire dans des périphériques de stockage réseau d’Apple, existants et à venir. Je m’explique.

iTunes Home Sharing permet de «synchroniser» des bibliothèques iTunes au sein d’un réseau personnel. Mais cela implique de tous les fichiers de ces bibliothèques sont répliqués sur tous les ordinateurs du réseau domestique… (avec les fonctions de copie automatique des achats) Des fichiers qui, potentiellement, se retrouvent tous stockés sur une même Time Capsule, avec Time Machine. Quel gâchis d’espace disque… Les mêmes fichiers recopiés autant de fois qu’il y a de machines à sauvegarder. Et quel gâchis de ressources processeur : laisser le système d’exploitation pomper sur les ressources processeur pour assurer le snapshotting régulier de ses disques durs alors que tout cela pourrait être assuré par un serveur central.

Vous commencez à voir le tableau ? Gardons iTunes et AirPlay tels qu’ils sont. (à cela prêt que ce serait bien de pouvoir lire directement des contenus iTunes partagés sur un iPad ou un iPhone…). Ajoutons à une Time Capsule des capacités de déduplication et de snapshotting. Et même de Portable Home Directory.

Tous les utilisateurs de Mac de la maison ont leurs fichiers sur la Time Capsule. Sans s’en rendre compte : leur répertoire de démarrage est synchronisé en continu avec la Time Capsule. Celle-ci assure automatiquement et de manière transparente le snapshotting, via son système de fichiers. Hors connexion au réseau local (celui sur lequel se trouve la Time Capsule), c’est l’OS du poste de travail qui assure le snapshotting, reversant à la Time Capsule ses modifications dès la reconnexion au réseau domestique.

Et la Time Capsule, bien sûr, intègre des fonctions de déduplication au niveau bloc : des mêmes données iTunes peuvent être partagées par plusieurs utilisateurs du réseau – et de la Time Capsule -, ce n’est pas grave : au niveau bloc de données (selon la définition du système de fichier), les données sont dédupliquées. C’est à dire qu’au lieu d’avoir à stocker x fois sur le disque dur le bloc de données correspondant à 15 secondes du dernier hit musical du moment – à raison d’une fois par iTunes du réseau… -, ce bloc n’est stocké qu’une fois. Le système de fichiers gère un mécanisme de pointeurs qui assure une couche d’abstraction accessoirement compatible avec le chiffrage. D’autant plus que le bloc de données est petit et que l’on ne pense pas fichiers, voire que l’on peut l’on peut affiner au maximum les réglages d’un FileVault, pour le chiffrement des données.

Bref, la gestion des espaces de stockage est centralisée et largement optimisée, automatiquement. Un rêve ? Les technologies qui le permettent existent. Reste à Apple à les mettre en oeuvre. Tout ceci n’est bien sûr que spéculation. Mais, pour peu qu’Apple s’y intéresse, elle tiendra là une solide clé pour prendre pied sur le marché naissant du stockage réseau domestique.

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