Tim Cook : six mois pour convaincre ?

Plus complexes. C’est ainsi que Steve Jobs présente des problèmes de santé jusqu’ici évoqués comme un simple déséquilibre hormonal. En conséquence, le PDG d’Apple passe la main, pour six mois, à l’un de ses lieutenants, Tim Cook. Ce n’est pas une première. En 2004, Tim Cook avait déjà assuré l’intérim durant huit semaines, le temps pour Steve Jobs de récupérer de l’intervention chirurgicale entreprise pour lutter contre le cancer du pancréas. Forcément, suite à l’annonce, l’action d’Apple a fortement reculé. La machine à rumeurs s’est mise en route, questionnant la crédibilité de la perspective d’un plein retour en juillet de Steve Jobs aux commandes d’Apple, et la capacité de la firme à survivre sans son bouillonnant patron. 

Tim Cook, à l'issue du keynote de Macworld Expo 2009.

Tim Cook, à l'issue du keynote de Macworld Expo 2009.

Personnellement, je trouve que c’est faire peu de cas du reste de l’état major d’Apple. Je m’explique : la personnalité de Steve Jobs n’est clairement pas étrangère à la renaissance de la firme depuis le début de la décennie. Mais elle ne suffit pas à l’expliquer. Comme le souligne Fortune, Tim Cook, par exemple – et ça tombe bien -, peut probablement être considéré comme l’un des architectes clé de la bonne santé financière d’Apple. Et que dire du designer Jonathan Ive, du responsable des Apple Store Ron Johnson, de Bob Mansfield, en charge des Mac, du directeur financier Peter Oppenheimer, de Bertrand Serlet, l’homme aux commandes de Mac OS X, ou encore de Sina Tamaddon, responsable des applications, et bien sûr de Phil Schiller, patron du marketing d’Apple. Sans compter tous les salariés de la firme à la pomme qui oeuvrent “en soute”.

Pour Guy Kawasaki, dans Welcome to Macintosh, Apple a “changé le monde 5 fois, ça n’arrive pas par hasard.” Concevoir des produits innovants, ce serait donc dans l’ADN de la firme, une firme qui ne conçoit pas le marketing comme les autres : “surtout pas si vous concevez le marketing comme le seul fait d’être à l’écoute du marché”. Mais Guy Kawasaki n’en minimise pas pour autant le rôle de Steve Jobs. Seulement, selon lui, la pire chose qui pourrait arriver à Apple serait de chercher à remplacer Jobs par quelqu’un qui se prendrait pour Jobs sans en avoir la fibre, une personne qui “n’a pas le même OS que nous autres, simples mortels […] Chercher à comprendre Steve, c’est comme demander à un poisson de comprendre le mode de pensée d’un oiseau”, avance-t-il en substance. Bref, un jour ou l’autre, Apple devra bien apprendre à exister sans Steve Jobs, et peut-être même sans patron de sa trempe, comme une entreprise d’électronique grand public “normale.” 

Du coup, une chose me semble sûre : quelque soit l’état de santé de Steve Jobs, Apple a clairement besoin de décorréler l’attention qu’elle s’attire dans les médias et le cours de son action en bourse des rumeurs relatives à son patron. Et dans cette perspective, cette prise de recul de Steve Jobs m’apparaît plutôt comme une bonne nouvelle. Cependant, peut-être aurait-elle mérité de survenir plus tôt et, surtout, pour d’autres raisons.

Je me demande, sans provocation, si Apple n’aurait pas là intérêt à s’inspirer de Microsoft, et notamment de la manière dont Bill Gates à géré son passage de témoin. Du coup, là où certains se demandent si Steve Jobs reviendra effectivement début juillet, je me demande plutôt s’il aurait raison de revenir. Quand bien même je souhaite à l’homme d’en avoir les capacités physiques.

Tagged , ,