Téléphonie mobile: l'adolescent, un client comme les autres ?

Les professeurs que nous avons interrogés sont unanimes, le téléphone mobile est aujourd’hui généralisé auprès des ados : « une grosse majorité des élèves a un téléphone mobile » explique Mme Collet, professeur de Techno. « j’en vois beaucoup dans la cour avec un portable à la main » confirme M.Guégan, professeur d’EPS. Avec un taux de pénétration du mobile de près de 82 % au 31 décembre 2006, selon l’Arcep, ce n’est pas non plus une surprise. Reste que les ados constituent un public un peu spécifique.

logouniversalmobile.jpgLe plein de minutes, le plein de sms et quelques goodies, le tout pour pas cher : cela ressemble à la formule idéale pour attirer les ados à ses offres de téléphonie mobile. Tanguy Moillard, responsable de la communication d’Universal Mobile, explique la recette : d’après les études conduites pour l’opérateur, « les adolescents veulent beaucoup communiquer. Ils cherchent des forfaits avec un maximum de temps de communication et de SMS, mais avec un prix des plus bas. Le budget – financé par les parents – tourne autour de 20 euros par mois. »

Les parents mis à contribution

En effet, même si l’adolescent choisit son mobile, ce sont ses parents qui payent le forfait – directement ou indirectement à travers l’argent de poche. Ce que nous raconte Rémi, lycéen en classe de 2nde, l’illustre bien : « ce sont mes parents qui payent mon forfait. Mais j’ai choisi une offre en fonction des éléments offerts en plus et non pas à cause du prix. » Et pour bénéficier de la meilleure offre au meilleur prix, l’ado n’hésite pas à comparer ce qui lui est proposé.

Tanguy Moillard constate d’ailleurs que les ados sont des clients exigeants : « les ados sont très avertis, ils comparent les offres qui leurs sont proposées. Avec eux, il faut être clair et généreux. » D’autant plus que l’ado est un adulte en devenir : « les offres pour les adolescents ne sont pas les plus rentables, mais il s’agit de construire une relation qui s’installe dans la durée. »

Pour attirer les jeunes ainsi que leurs parents, la publicité à la télévision et sur internet est un moyen sûr, surtout si l’ado peut se reconnaître dans les spots : « les ados sont sensibles à l’humour, ont le sens de la dérision mais n’aiment pas que l’on se moque d’eux pour autant. »

Pour influencer le choix de l’ado ou pour le fidéliser, on peut aussi inclure des bonus, tels que des sonneries ou des logos, mais le prix et le volume de communications sont les éléments les plus importants dans le choix d’une offre : « on développe aussi des exclusivités avec d’autres entreprises, Universal Music dans notre cas, telles que des places de concerts, ou des choses que peu de personnes peuvent obtenir comme des rencontres avec des artistes, ou l’enregistrement de son répondeur par un artiste; des choses sans valeur vénale mais qui créent des souvenirs importants. »

Et tous ces efforts semblent payer. Si l’on en croît Tanguy Moillard, les ados sont plutôt fidèles à leur opérateur – « s’ils cherchent à changer d’opérateur, c’est généralement pour changer de mobile » – , satisfaits d’un choix fait en toute connaissance de cause.

Une utilisation bien encadrée

Melle FazillauAu collège ou au lycée, certaines règles d’utilisation sont mises en place. La majorité des élèves éteint son téléphone pendant les cours. « En 6 ans d’enseigement, je n’ai soupçonné qu’un élève d’avoir envoyé des sms pendant un contrôle. Mais vue la note finale, ça ne lui a pas trop servi, » plaisante Melle Fazillau, professeur de Sciences Physiques en banlieue parisienne. Il y a aussi de plus en plus d’appareils photos sur les téléphones mobiles. Mais afin d’éviter toute forme de dérive – comme le happy slapping* – ou qu’un jour un professeur retrouve sa photo sur le blog d’un de ses élèves, accompagnée d’insultes, « le portable avec appareil photo est interdit dans l’enceinte du collège, » nous indique Mme Collet. « D’importantes sanctions sont mises en place lorsqu’un élève se sert d’un de ses appareils alors qu’il ne le devrait pas, enfin c’est comme ça dans l’établissement dans lequel je travaille, » rajoute Melle Fazillau. Plus loin, Melle Fazillau précise avoir donné quelques notions de droit à l’image à ses élèves. Ceux-ci lui ont désormais pris l’habitude de demander l’autorisation de publier une photo sur leur blog aux intéressés.

(*) Le Happy slapping est un phénomène qui consiste à agresser une personne ne se doutant de rien, pendant qu’un complice filme la scène grâce à un téléphone mobile ou une caméra. Le film est ensuite diffusé sur le net . Mais cette attaque ne consiste pas toujours à donner une claque à la victime parfois, cela va jusqu’à la mort.
Le Happy slapping est né à Londres et aujourd’hui il se développe beaucoup en Europe. Malgré l’absence de chiffres quantifiant précisément le phénomène, les députés viennent de voter une loi le condamnant : les personnes reconnues coupables de happy slapping encourent jusqu’à 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende.