L'iPhone : un gros pavé dans la mare ?

Orange propose l’iPhone à 749 € hors abonnement et sans verrou SIM. Cette offre me renvoie, comme beaucoup et une nouvelle fois à la question du “vrai” prix de l’iPhone.
Apple a clamé haut et fort qu’à 399 $, son iPhone n’était pas “subventionné” par AT&T. Avant l’annonce officielle de sa commercialisation en France, on a même pu lire qu’il était hors de question pour Apple d’accepter qu’un opérateur “subventionne” son smartphone. Pas convaincu, le blog iPhone Matters estime que l’iPhone est en fait subventionné. Mais, selon iSuppli, l’iPhone 8 Go coûterait moins de 300 $ à produire. Qui plus est, le prix de l’iPhone semble “cohérent” avec celui de l’iPod Touch 8 Go. C’est d’autant plus vrai qu’Apple va se rémunérer sur le chiffre d’affaires des opérateurs mobiles partenaires.
Alors, qui croire ? L’iPhone est-il ou non subventionné ? Personnellement, je pense que non. Et, au passage, je pense que la question n’est pas de connaître le “vrai” prix de l’iPhone mais ceux des autres téléphones mobiles et smartphones ainsi que le “vrai” coût de leur subvention pour l’abonné. Je m’explique.
Tout d’abord, Apple n’a rien d’une entreprise philanthrope. Je l’imagine mal vendre son iPod Touch sans se préserver une marge confortable. Cet iPod Touch, dans sa version 8 Go vendue 309 €, n’est ni plus ni moins qu’un iPhone dépourvu de quelques composants qui, mis bout à bout, ne doivent pas coûter plus 90 $ (et probablement moins), à Apple compte tenu des volumes commandés.
Surtout, je pense que le deal d’Apple avec les opérateurs mobiles est très simple : “vous ne subventionnez pas mon mobile et je récupère la part de la facture de vos abonnés que vous utilisez généralement pour vous rembourser de la subvention.” L’opérateur n’est pas vraiment perdant; Apple sort gagnant.
Cette hypothèse me plaît bien. Mais elle soulève au moins une question : quel est le coût réel de la subvention du téléphone mobile ?
Nous disposons de quelques études intéressantes évoquant l’importance des subventions dans le modèle économique des opérateurs mobiles (ici et , par exemple). Mais aucune ne s’avance sur la part de l’abonnement qui se rapporte à l’amortissement de la subvention.
Le modèle économique de l’iPhone nous donne peut-être un indice : en acceptant de reverser à Apple quelques dizaines de pour-cents de la facture de leur abonné, les opérateurs partenaires de la firme à la pomme ne renoncent probablement qu’à une part du bénéfice généré par la subvention. Quoi ? Cette subvention générerait un bénéfice ? Ben oui, personne n’a dit qu’il était question d’un prêt à taux zéro… Je ne serais pas même surpris que l’opacité du mécanisme de subvention permette aux opérateurs de “se rembourser” de manière plus juteuse encore que ne le fait une société spécialisée dans le crédit renouvelable lorsqu’elle prête de l’argent au consommateur.

Au final, l’iPhone pourrait bien, si son modèle économique perdure, être bien plus qu’un simple smartphone innovant : ce pourrait être le point de départ d’une déstabilisation du modèle économique des opérateurs mobiles. Nokia aurait bien, semble-t-il, tenté de s’infiltrer dans la brèche, mais en vain. Jusqu’ici.