Jabber, enfin l’heure de gloire ?

Jabber et, derrière, le protocole de messagerie instantanée XMPP, sont-ils sur le point de connaître leur heure de gloire ? D’accord, en 2008, Messenger, de Microsoft, jouissait d’une suprématie difficilement contestable. En juin 2009, Windows Live Messenger en revendiquait plus de 300 millions. Mais les lignes ont peut-être un peu bougé.

De son côté, Jabber gagne insidieusement en popularité. Il est utilisé, certes, par Apple, avec iChat, mais aussi – et même surtout – par Facebook, pour sa messagerie instantanée et ses 500 millions d’utilisateurs. Ainsi que par Google, avec son service Google Talk. Là, on ne connaît pas le nombre d’utilisateurs mais le service est accessibles à ceux de Gmail, d’Orkut (concurrent de Facebook qui l’a, un temps, surpassé en Inde), ou encore des Google Apps (25 millions d’utilisateurs en mars dernier, selon Google). Accessoirement, XMPP est également utilisé dans les plateformes dérivées de Google Wave – dont Pulse, de Novell – ou encore le service de messagerie instantanée de Live Journal et celui d’Ovi, de Nokia. Par pure mesquinerie, j’ajouterais que Lotus Sametime, d’IBM, ou encore OCS de Microsoft, intègrent des passerelles XMPP. Et que Cisco a racheté Jabber (à l’origine du protocole XMPP), il y a tout juste deux ans. Voilà qui commence à peser un peu dans la balance.

Poussons encore un peu plus loin, sur le terrain de la VoIP. Car au-delà de la messagerie instantanée, c’est bien de ça qu’il est question. Vous trouverez sur Internet des tutoriaux d’intégration SIP/XMPP… Ok. Pour l’essentiel, il s’agit surtout de permettre la transmission de notifications Asterisk (appels manqués, messages, etc.) via une messagerie instantanée XMPP, ou synchroniser les données de présence. Mais depuis Asterisk 1.4, il est possible d’intégrer totalement SIP et Google Talk (et donc Jabber/XMPP, avec Jingle). Debut septembre, Thiago Rocha Camaro s’est même laissé aller à imaginer une architecture XMPP/Jingle qui permettrait à un Facebook de se lancer sur le marché de la VoIP. Thiago Camaro travaille à XMPP depuis 2001 et propose ses services pour les architectures de type IMS exploitant XMPP et, bien évidemment, SIP (et tant pis si ce dernier dispose de son propre protocole de présence/IM, SIMPLE). Selon Wikipedia, Google lui-même travaillerait à l’ouverture de Google Talk à SIP.


C’est là que cela devient intéressant – voire menaçant pour Skype, notamment, avec ses 443 millions d’utilisateurs au T1 2009, dont moins de 10 % d’utilisateurs actifs… Et j’en reviens là à FaceTime. Selon Mac4ever, Apple serait sur le point de proposer un logiciel compatible pour Mac et PC, après avoir ouvert FaceTime à son nouvel iPod Touch. Souvenez-vous, je spéculais sur de telles perspectives en juin dernier. Selon Fortune, Apple pourrait ainsi livrer rien moins que 48 millions de terminaux compatibles FaceTime cette année.

Mais plus que FaceTime, c’est ce qu’il cache qui m’intéresse : SIP et, avec lui, un accès aux futurs IMS des opérateurs mobiles passés à la 4G. SIP, c’est un peu le héraut de la téléphonie sur IP, que l’on trouve dans les IP-PBX – dont le très connu Asterix. Mais aussi Office Communications Server (OCS) de Microsoft, Lotus Sametime d’IBM, ou encore GlassFish Communications Server, de Sun/Oracle.

Raccrochons donc deux secondes les wagons. SIP est un protocole incontournable. Il est déjà là, dans les télécommunications sur IP, mais il s’y incrustera férocement avec l’avènement des réseaux mobiles 4G.

Si Apple arrive à livrer 48 millions de machines compatibles SIP cette année, il y a de bonnes chances pour qu’il arrive à en écouler 60 ou 70 millions l’an prochain – à la louche, au pif. Voilà qui ferait un joli paquet de terminaux capables de communication gratuite par Internet en WiFi… Voire même contre facturation ad hoc sur les réseaux mobiles. Et pourquoi pas dans les entreprises : quitte à ouvrir FaceTime aux opérateurs de téléphonie mobile, via une interconnexion entre IMS, pourquoi Apple ne pousserait pas plus loin, jusqu’aux IP-PBX des entreprises ? Voire encore, pourquoi ne pas étendre FaceTime à XMPP, et avec lui son potentiel ?

Accessoirement, Apple dispose peut-être même déjà des cartes nécessaires pour tout cela : son service MobileMe serait, selon la rumeur, basé sur Java System Communications Suite, de Sun/Oracle, dont le volet messagerie instantanée s’appuie justement sur XMPP. Et, accessoirement, chez Oracle, on trouve tout ce qu’il faut pour le monde SIP.

Et quid d’un Google qui pourrait profiter d’Android pour proposer une alternative à FaceTime, basée sur XMPP et SIP, avec Jingle. Et même un zeste d’intégration avec Google Voice, voire d’ouverture à l’interopérabilité avec des tiers. Des perspectives parfaitement crédibles : depuis la fin août, les utilisateurs nord-américains de Gmail peuvent recevoir et passer des appels via Google Voice directement dans le widget Google Talk de leur compte, sur le Web. De son côté, GVMax est un service tiers permettant de lier messagerie instantanée XMPP et SMS/messagerie vocale Google Voice. Et que dire de Gtalk2voip qui propose rien moins qu’une passerelle SIP pour services de messagerie instantanée…

Voilà donc un couple XMPP/SIP, que l’on aurait pu voir comme frères ennemis (en raison de SIMPLE), qui pourrait, avec l’aide du monde des télécoms et de celui de l’entreprise, marginaliser Skype, qui reste fermé sur lui-même, voire même Windows Live Messenger. Quoique ce dernier, s’inspirant peut-être de Microsoft OCS, a récemment fini par s’ouvrir, avec la possibilité de chatter avec ses amis Facebook. Au final, histoire de boucler la boucle, ça donnerait une jolie convergence entre grand public, entreprises et opérateurs. Accessoirement, déjà en septembre 2008, l’INRIA organisait un atelier consacré à l’interopérabilité SIP/SIMPLE-XMPP.

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