Ironie, quand tu nous tiens…

La Spedidam, Société de Perception et de Distribution des Droits des Artistes-interprètes de la Musique et de la Danse, vient d’assigner en justice six plateformes de téléchargement payant de musique sur Internet mises en avant par certains pour leur “légalité”. Selon la Spedidam, ces plateformes seraient néanmoins coupables de contrefaçon. Comme si cette ironie ne suffisait pas, s’y ajoute une autre.
Vivendi Universal n’a pas manqué de réagir à la pique. Selon PC Inpact, la société relève que « le jour n’est évidemment pas choisi par hasard à 24 heures du débat au Parlement sur la transposition de la directive sur le droit voisin et les droits d’auteur » et assure par ailleurs avoir « obtenu auprès de tous les artistes concernés le droit de proposer le téléchargement de leurs albums ». Et Vivendi d’assainer le coup fatal :« tous les artistes interprètes vivants à l’exception d’un seul que vise l’assignation de la Spedidam, sont contre la licence globale ».
J’ai bien sûr cherché à consulter sur le site de Vivendi Universal le communiqué auquel se réfèrent mes confrères. En vain. En revanche, je suis immédiatement tombé sur un communiqué d’une actualité éclatante. Le groupe médias qui s’inquiète tant pour sa pérénité et n’hésite pas à crier à l’agonie y vante une “progression du résultat net ajusté 2005 de 55% et du dividende de 67%”.
Et moi qui croyaient, benoîtement, que toute l’industrie culturelle souffrait à n’en plus pouvoir des agressions de l’échange sur Internet… Je me sens tout bête, d’un coup.
Bien sûr, cette ironie peut prêter à rire. En fait, elle illustre avec une pertinence remarquable le magnifique grand écart auquel se prêtent certains acteurs de l’industrie culturelle : dénoncer d’un côté un sinistre dont l’ampleur reste à établir et, de l’autre, séduire, toujours, des actionnaires avec des résultats affichant une nette progression. Mais peut-être me répondra-t-on qu’il n’est question, là, que de solidarité des grands envers les petits.