FaceTime, cheval de Troie ou premier pas vers la 4G ?

Le bouton FaceTime pour initier directement une communication en visiophonie.

Ballon d’essai, cheval de Troie… ou premier pas vers la 4G ? L’avenir se chargera d’apporter la réponse. Ce qui m’amène à me poser cette question, c’est le fait – passé quasiment inaperçu, s’il n’était John Gruber pour le remarquer sur Daring Fireball – qu’il est possible, avec l’iPhone 4, d’initier directement un appel FaceTime avec un correspondant, sans passer par le préalable d’un appel téléphonique classique.

En fait, il me semble que l’initiation FaceTime en deux temps ne soit nécessaire que la première fois, pour permettre aux deux iPhone concernés de s’identifier comme étant deux terminaux compatibles FaceTime; une fois cette reconnaissance établie, chaque iPhone me semble stocker un identifiant de l’autre terminal permettant, par la suite, d’engager directement la visiophonie.

C’est du moins ce que j’ai constaté aujourd’hui entre deux iPhone 4. Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est qu’une caméra apparaît comme par magie dans le bouton FaceTime de la fiche d’un contact, sur l’iPhone 4, une fois qu’un premier appel FaceTime a pu être établi avec succès. Regardez donc sur la capture ci-contre.

Un premier pas vers la 4G ?

Souvenez-vous : FaceTime repose sur le protocole SIP; le mode de fonctionnement décrit ci-dessus indique qu’Apple a décidé de s’appuyer sur l’appel téléphonique classique pour permettre un enregistrement transparent, pour l’utilisateur, de l’identifiant SIP du destinataire (un identifiant obtenu à l’activation de la fonction, dans les réglages, une activation qui a tous les airs d’un enregistrement auprès d’un serveur SIP chez Apple…) – une façon naturelle de trouver les coordonnées des contacts, plus naturelle en tout cas que la saisie manuelle d’un identifiant plus ou moins complexe. Pour l’heure, la nature de cet identifiant reste mystérieuse. Mais gageons que le fait que FaceTime ne fonctionne qu’en WiFi jouera rapidement contre le mystère qui l’entoure.

Steve Jobs présente les entrailles de FaceTime lors de la WWDC.

Le protocole SIP est bien connu, notamment de ceux qui ont joué avec Asterisk ou  le service Freephonie… Accessoirement, il est aussi au coeur des architectures IMS (IP Multimedia System) des infrastructures des réseaux télécoms de nouvelle génération; c’est lui qui doit permettre de faire le lien entre les réseaux de transport IP et certaines applications telles que la voix sur IP ou la messagerie instantanée et, ainsi, permettre la migration de réseaux de téléphonie commutés classiques vers des réseaux full-IP. La spécification dite de Common IMS s’est inscrite dans le cadre de la release 8 de la spécification 3GPP (celle qui définit LTE; le standard de la 4G), entre 2007 et 2008. Dans cette spécification, un opérateur doit trouver tout ce dont il a besoin : de quoi gérer de la qualité de service, de la sécurité, de la facturation, etc. pour des réseaux et services tout IP. Light Reading explique l’IMS de manière assez claire. Mais est-ce que cela s’arrête là ? Non… Regardez les standards évoqués par Steve Jobs au sujet de FaceTime : les codecs H.264 et AAC, les protocoles, RTP et SRTP, les STUN, TURN et ICE pour la gestion du NAT entre réseaux IP… Tout cela se retrouve dans la 3GPP pour l’IMS. Regardez par exemple les spécifications du framework 3GPP IMS/LTE open source de Doubango : tout est là.

Travailler main dans la main avec les opérateurs ?

Mais pourquoi Apple ne laisserait-il pas ses clients utiliser SIP sur une connexion data en 3G  – contrairement à certains éditeurs d’applications de téléphonie sur IP ? Peut-être tout simplement parce que cela ferait d’Apple un concurrent trop direct de ceux qui restent encore ses partenaires : les opérateurs mobiles. Et que, en limitant FaceTime aux réseaux WiFi, Apple laisse le temps à ces mêmes opérateurs de mettre à niveau leurs réseaux. De quoi, à terme, leur permettre de faire de l’iPhone un élément différenciant supplémentaire, sur le plan commercial : celui qui pourra proposer (et facturer ou non), le premier, de la ToIP parfaitement intégrée sur son réseau décrochera la timbale. Dans le cadre d’une stratégie multiplay, la timbale n’en sera que plus belle : l’idée sera là de permettre un roaming transparent pour l’utilisateur entre réseau WiFi et réseau mobile. Une chose déjà tentée par Orange en UMTS et sur un nombre restreint de téléphones UMA, avec son offre Unik (a-t-elle remporté un quelconque succès, d’ailleurs ?). Un UMA introduit dans la 3GPP release 6, marquant, dès 2005, la volonté de convergence vers les réseaux IP.

FaceTime, aussi pour le PC ?

En attendant que les opérateurs soient prêts, que va faire Apple de Face Time ? Le mettre dans des iPod Touch ? Pourquoi pas… Restera à Apple à trouver l’astuce pour proposer un échange de coordonnées FaceTime à peu près aussi simple et naturel qu’entre iPhone 4. Voici juste le scénario que j’imagine : d’ici quelques semaines/mois – et peut-être même dès septembre, avec la traditionnelle annonce des nouveaux iPod, ou bien avec Mac OS X 10.7 ? -, Apple lancera FaceTime, un logiciel pour Mac/PC, successeur d’iChat, basé sur SIP (mais supportant encore XMPP, parce qu’il faut pas tout casser); dans ce logiciel, l’utilisateur s’identifie avec un compte Apple/iTunes, par exemple (pratique puisque les iProduits sont associés à un compte Apple/iTunes…), et, le cas échéant, on lui demande de confirmer son numéro de téléphone iPhone 4. Dès lors, plus qu’une fonction ou qu’un service, FaceTime se transforme en véritable plateforme de communications unifiées, autorisant par exemple de prendre un appel entrant sur un iPhone 4 plutôt que sur son ordinateur – bien que l’on soit face à lui. Ou peut-être pas… Apple semblant largement privilégier sa plateforme de mobilité : iOS.

De la pure fiction ? Comme le relève John Gruber, Steve Jobs, lors de sa keynote à la WWDC, a indiqué prévoir livrer “des dizaines de millions de terminaux FaceTime”, rien que cette année. Seulement des iPhone 4 ? J’ai un peu de mal à y croire – mais j’ai peut-être tord; après tout, 3 millions d’iPad sont déjà partis…

Alors, Apple chercherait-il à se transformer en méga opérateur de téléphonie sur IP ? Non, justement. Je pense qu’Apple joue là la carte de la coopération avec les opérateurs. Ce qui contribuerait, en tout cas, à éclairer quelque peu le rejet de l’application native Google Voice – dont l’une des ambitions est tout de même de faire le lien entre environnements de communication fixe et mobile pour les unifier… mais en marge des opérateurs traditionnels. Hors, pour ceux-ci, rien n’est plus préoccupant que de se faire reléguer au simple rang de fournisseurs de tuyauterie.

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