DRM : le silence assourdissant d’Apple

iTunes Store

iTunes Store

Souvenez-vous, c’était en février 2007 : Steve Jobs jetait un pavé dans la marre, fustigeant les DRM, ces protections anti-copie si restrictives. Trois mois plus tard, Apple lançait effectivement iTunes Plus, une offre commerciale pour morceaux de musique non protégés – mais néanmoins « trackés » sur la base de l’identifiant iTunes Store de l’acheteur –, proposés avec un niveau de qualité et un prix supérieurs à l’accoutumée. Quelques mois plus tard, à l’automne 2007, le prix des morceaux vendus sous le label iTunes Plus était aligné sur celui des morceaux protégés. Un geste qui n’a pas manqué d’être analysé comme une réponse au lancement de l’Amazon MP3 Store, un disquaire en ligne ayant renoncé aux DRMs.

Mais depuis ? Pas grand chose. En mai dernier, Dan Moren, dans Macworld, relevait le renforcement de la concurrence, face à Apple, sur le terrain de la musique non protégée avec, notamment, outre-Atlantique, eMusic mais aussi Wal-Mart, Real Networks, Napster, MySpace et bien sûr l’Amazon MP3 Store. Mais l’iTunes Store continue de proposer une belle quantité de morceaux protégés, des deux côtés de l’Atlantique. Et Apple de rester silencieux sur le sujet : aucune proportion, aucun chiffre sur l’ampleur du catalogue déprotégé ne sont communiqués.

Selon Dan Moren, les maisons de disques ont vu une opportunité dans l’abandon des DRM : la musique non protégée peut circuler plus librement entre baladeurs de marques différentes et contribuer, ainsi, à affaiblir le monopole de fait d’Apple sur la musique numérique outre-Atlantique. Surtout si celui-ci ne profite pas du même accès aux catalogues déprotégés que ses concurrents… En France, cela n’empêche pas Apple de bénéficier d’un statut proche de celui d’ennemi public de la musique, du moins aux yeux de la Sacem. [iGeneration]

Mais le constructeur/éditeur/commerçant ne joue-t-il pas un double jeu, lui aussi ? Loin de sa vindicte initiale, Apple me semble avoir effectivement cessé de militer en faveur de l’abandon des DRM. Le développement des offres déprotégées concurrentes ne semble d’ailleurs pas encore représenter une menace sérieuse. Et le maintien des DRM ne reste-t-il pas un atout dans la manche d’Apple pour accéder aux catalogues de certains labels qui ont encore peur de renoncer à ces protections ?

Quant à savoir si ou quand Apple se lancera dans la commercialisation « flat-rate » de la musique en ligne, sur abonnement donc, je ne me fais pas trop d’illusion : sur ce marché, la firme à la pomme n’est plus en situation d’outsider contraint d’innover pour se faire une place au soleil. Je ne l’imagine renouer avec l’innovation commerciale que lorsque la pression concurrentielle le justifiera.

C’est d’autant plus vrai que le marché de la musique en ligne continuer d’évoluer vite, très vite. Quel sera, demain, le modèle commercial à succès ? L’abonnement ? L’écoute en streaming façon Pandora, Deezer ou Last.fm ? L’incertitude me paraît suffisamment grande pour qu’Apple laisse le soin à d’autres d’expérimenter à sa place. 

[MàJ 10/01/09 : Voilà, le silence d’Apple a trouvé son explication. Apple travaillait à la suppression totale des DRM sur son iTunes Store.]

Tagged , , , , , , , , , ,