Culture : le temps de la rematérialisation est-il arrivé ?

Ce communiqué de l’EFF tombe à point. On y apprend que la RIAA ne considère pas la copie privée comme un droit mais comme une autorisation. Cela rejoint sans mal mes commentaires d’hier sur le contrat d’iTunes Music Store.
Alors oui, l’industrie culturelle va mal. Mais le piratage n’en est pas le responsable, comme certains ne cessent pourtant de nous le seriner.

Surtout, une grosse partie de l’industrie culturelle ne se bat pas aujourd’hui pour sa survie comme elle se plait à le faire croire. J’ai surtout l’impression qu’elle essaie d’inverser une tendance amorcée à la fin des années 90 lorsqu’elle a claqué la porte à l’institut Frunhaufer qui venait lui présenter le MP3. En effet, depuis ce moment-là, l’industrie culturelle a cessé d’imposer les changements du marché de la culture pour les subir. Surtout, les évolutions technologiques permettent d’entrevoir de nouveaux relais de croissance particulièrement appétissants.
Imaginez une seconde que la copie privée disparaisse : vous achetez un CD; pour en profiter sur votre baladeur, vous devez racheter les morceaux sur l’ITunes Music Store (ou un autre); pour en profiter sur votre téléphone mobile, vous devez racheter le morceau auprès d’un imaginaire Orange Music Store; idem pour l’utiliser comme sonnerie. Pour profiter de votre musique sur votre PC de salon totalement interactif hyper connecté, repassez à la caisse.
Voilà comment faire payer 5 fois ou plus un consommateur pour le droit d’écouter un morceau de musique comme il le veut, quand il le veut et où il le veut. On ne lui vend pas un droit, même un produit où support et contenu sont intimement liés. Pour que ce rêve des majors puisse devenir réalité il faut bien sûr “emprisonner” fermement le contenu dans son support pour éviter qu’il ne puisse passer par un autre support. Et pour cela, il y a les DRM. En fait, ils constituent la clé de voute de ce beau rêve.
Vous vous demandez : “mais acheter 5 fois un même morceau pour satisfaire 5 usages différents, je peux déjà le faire. Qu’est-ce qui change ?” C’est tout simple. Aujourd’hui, vous avez le choix entre passer à la caisse ou prendre de votre temps pour utiliser des logiciels parfois un peu compliqués qui vous permettent de faire transiter le contenu d’un support à l’autre. Demain, si les DRM sont sacralisés comme les promoteurs sur projet de loi sur les DADVSI le souhaitent, vous n’aurez plus le choix. Ou plutôt, l’ampleur de votre choix sera intimement conditionnée par le bon vouloir des industriels.

Alors, si vous voulez vraiment faire un très très beau cadeau à l’industrie culturelle et lui permettre de reprendre l’initiative sur le marché, signez des pétitions comme celle de la Sacem en faveur du projet de loi sur les DADVSI. Sinon, allez plutôt signer celle de l’EUCD.