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Internet : les ados manquent de recul

D’après l’INSEE, 29,2 % des 15-25 ans avaient un ordinateur chez eux, en 2005 . Face à cette forte présence des nouvelles technologies, on pourrait attendre des ados qu’ils connaissent l’informatique sur le bout des doigts. Mais c’est sans compter avec les pannes, apparemment fréquentes : « quand je demande qui utilise son ordinateur, on me répond que l’imprimante plante, que le PC a été infecté par un virus et pas encore réparé… Avec ça, allez attendre des élèves qu’ils utilisent un ordinateur et Internet correctement, » témoigne Mme Collet, professeur de Techno.

Selon elle, ces ados seraient d’une « génération de débrouille bien, » ils sont nés avec une souris dans la main donc ils n’ont pas peur de manier un ordinateur mais ne le font pas correctement : « les élèves ont développés de nouvelles stratégies, pas toujours bonnes mais ils se débrouillent, » ajoute le professeur. Et de s’appuyer sur une anecdote : « un élève a repris plusieurs fois un QCM, à tatons, jusqu’à obtenir un score le satisfaisant… »

En outre, les jeunes ne liraient pas assez, ne chercheraient pas avec les bons mots clés et, surtout, ne vérifieraient pas les informations trouvées. En effet, selon plusieurs personnes interrogées, les ados copieraient bêtement les infos sans chercher à savoir si elles sont exactes. Plusieurs professeurs en témoignent et les jeunes eux-même le concèdent. Lucas, par exemple, nous a raconté : « quand je fais des recherches pour les cours, je ne vérifie pas les informations que je trouve; je les recopie. »

Ce regard critique sur l’information ne serait acquis que plus tard , « lorsque les élèves entrent au lycée, » comme nous le rapporte M.Guégan, professeur d’EPS. Aujourd’hui plusieurs ados sont prêt à gober n’importe quoi, « un jour on leur a demandé de lire des textes tirés d’internet et de dire s’ils étaient justes ou faux. Il y avait une histoire de poule aussi grosse que l’éleveur. Et beaucoup d’entre eux pensaient que c’était bien réel, » se souvient Mme Collet.

Bien que nés avec les nouvelles technologies de l’information, les ados n’ont pas reçu le savoir-faire correspondant par le cordon ombilical. Un peu de patience et de minutie est alors demandé aux ados afin d’apprendre à utiliser pour le mieux ces appareils, et ainsi comprendre et explorer le net jusqu’au fin fond de la toile.

Téléphonie mobile: l'adolescent, un client comme les autres ?

Les professeurs que nous avons interrogés sont unanimes, le téléphone mobile est aujourd’hui généralisé auprès des ados : « une grosse majorité des élèves a un téléphone mobile » explique Mme Collet, professeur de Techno. « j’en vois beaucoup dans la cour avec un portable à la main » confirme M.Guégan, professeur d’EPS. Avec un taux de pénétration du mobile de près de 82 % au 31 décembre 2006, selon l’Arcep, ce n’est pas non plus une surprise. Reste que les ados constituent un public un peu spécifique.

logouniversalmobile.jpgLe plein de minutes, le plein de sms et quelques goodies, le tout pour pas cher : cela ressemble à la formule idéale pour attirer les ados à ses offres de téléphonie mobile. Tanguy Moillard, responsable de la communication d’Universal Mobile, explique la recette : d’après les études conduites pour l’opérateur, « les adolescents veulent beaucoup communiquer. Ils cherchent des forfaits avec un maximum de temps de communication et de SMS, mais avec un prix des plus bas. Le budget – financé par les parents – tourne autour de 20 euros par mois. »

Les parents mis à contribution

En effet, même si l’adolescent choisit son mobile, ce sont ses parents qui payent le forfait – directement ou indirectement à travers l’argent de poche. Ce que nous raconte Rémi, lycéen en classe de 2nde, l’illustre bien : « ce sont mes parents qui payent mon forfait. Mais j’ai choisi une offre en fonction des éléments offerts en plus et non pas à cause du prix. » Et pour bénéficier de la meilleure offre au meilleur prix, l’ado n’hésite pas à comparer ce qui lui est proposé.

Tanguy Moillard constate d’ailleurs que les ados sont des clients exigeants : « les ados sont très avertis, ils comparent les offres qui leurs sont proposées. Avec eux, il faut être clair et généreux. » D’autant plus que l’ado est un adulte en devenir : « les offres pour les adolescents ne sont pas les plus rentables, mais il s’agit de construire une relation qui s’installe dans la durée. »

Pour attirer les jeunes ainsi que leurs parents, la publicité à la télévision et sur internet est un moyen sûr, surtout si l’ado peut se reconnaître dans les spots : « les ados sont sensibles à l’humour, ont le sens de la dérision mais n’aiment pas que l’on se moque d’eux pour autant. »

Pour influencer le choix de l’ado ou pour le fidéliser, on peut aussi inclure des bonus, tels que des sonneries ou des logos, mais le prix et le volume de communications sont les éléments les plus importants dans le choix d’une offre : « on développe aussi des exclusivités avec d’autres entreprises, Universal Music dans notre cas, telles que des places de concerts, ou des choses que peu de personnes peuvent obtenir comme des rencontres avec des artistes, ou l’enregistrement de son répondeur par un artiste; des choses sans valeur vénale mais qui créent des souvenirs importants. »

Et tous ces efforts semblent payer. Si l’on en croît Tanguy Moillard, les ados sont plutôt fidèles à leur opérateur – « s’ils cherchent à changer d’opérateur, c’est généralement pour changer de mobile » – , satisfaits d’un choix fait en toute connaissance de cause.

Une utilisation bien encadrée

Melle FazillauAu collège ou au lycée, certaines règles d’utilisation sont mises en place. La majorité des élèves éteint son téléphone pendant les cours. « En 6 ans d’enseigement, je n’ai soupçonné qu’un élève d’avoir envoyé des sms pendant un contrôle. Mais vue la note finale, ça ne lui a pas trop servi, » plaisante Melle Fazillau, professeur de Sciences Physiques en banlieue parisienne. Il y a aussi de plus en plus d’appareils photos sur les téléphones mobiles. Mais afin d’éviter toute forme de dérive – comme le happy slapping* – ou qu’un jour un professeur retrouve sa photo sur le blog d’un de ses élèves, accompagnée d’insultes, « le portable avec appareil photo est interdit dans l’enceinte du collège, » nous indique Mme Collet. « D’importantes sanctions sont mises en place lorsqu’un élève se sert d’un de ses appareils alors qu’il ne le devrait pas, enfin c’est comme ça dans l’établissement dans lequel je travaille, » rajoute Melle Fazillau. Plus loin, Melle Fazillau précise avoir donné quelques notions de droit à l’image à ses élèves. Ceux-ci lui ont désormais pris l’habitude de demander l’autorisation de publier une photo sur leur blog aux intéressés.

(*) Le Happy slapping est un phénomène qui consiste à agresser une personne ne se doutant de rien, pendant qu’un complice filme la scène grâce à un téléphone mobile ou une caméra. Le film est ensuite diffusé sur le net . Mais cette attaque ne consiste pas toujours à donner une claque à la victime parfois, cela va jusqu’à la mort.
Le Happy slapping est né à Londres et aujourd’hui il se développe beaucoup en Europe. Malgré l’absence de chiffres quantifiant précisément le phénomène, les députés viennent de voter une loi le condamnant : les personnes reconnues coupables de happy slapping encourent jusqu’à 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Ados & MP3 : budget serré mais fortes attentes

Selon Mediamétrie et le cabinet GfK, 30,3 % des ménages français étaient équipés d’un baladeur MP3 fin 2006, contre 18,5 % fin 2005. Chez les ados, en Collège comme au lycée, le taux d’équipement semble beaucoup plus élevé.

Tous, ou une large majorité des élèves est équipée. Mme Collet, professeur de Technologie, en fait le constat : « au collège, on voit de plus en plus d’élèves avec des lecteurs mp3. » M.Guégan, professeur d’EPS observe une situation comparable : « les élèves sont plus équipés, mais leurs appareils sont moins visibles qu’il y a 5 ans lorsqu’ils avaient des lecteurs CD. »

Inutile de se voiler la face : la musique vient d’Internet et de réseaux de téléchargement tels qu’eMule. Lucas, collégien en classe de 5ème, qui ne s’en cache pas : « les chansons que j’ai sur mon mp3, ce sont mes soeurs qui me les ont téléchargées ». Rémi, lycéen en classe de 2nde, est plus nuancé : « je télécharge de temps en temps sur eMule mais je copie beaucoup de CD. »

Pour eux, la musique est trop chère : « comme c’est cher, on préfère télécharger et passer aux amis, » explique Lucas. Au collège, comme au lycée, s’en suit tout un trafic de clés USB afin d’éviter aux copains de télécharger un morceau qu’une personne de la tribu a déjà. Sur ce point là, les jeunes sont très solidaires.

C’est dans ce contexte que Creative et MusicMe se sont associés pour proposer une offre conjointe. Pour l’achat d’un baladeur plus un euro, il est possible d’accéder de manière illimitée au catalogue de MusicMe (600 000 chansons), pendant 3 mois. Passée cette période d’essai [payant, à 1 euro !], il faut s’abonner au service, moyennant 15 €/mois, pour continuer à profiter des morceaux téléchargés.

Tout, pour pas cher

En fait, il est peut-être bien nécessaire de se différencier avec ce type de partenariat pour attirer les abos. Leurs exigences sont en effet simples et beaucoup de baladeurs y répondent : « ce qui marche le mieux avec les ados, ce sont les produits avec la plus grande capacité de stockage possible, toujours plus petits et polyvalents.Regarder un film sur un tout petit écran ne les dérangent pas. » Rémi ne contredirait pas ce constat : « pour mon lecteur MP3, je voulais une importante capacité, au moins 1 Go. »
Pour compliquer encore la donne, les produits ne doivent pas être trop chers : ce sont le plus souvent leurs parents qui l’achètent, sous le regard attentif de leurs enfants. D’ailleurs, pour Vincent Navizet, « il ne faut pas leur promettre n’importe quoi, les jeunes se renseignent, via internet, sur les meilleures offres qu’ils peuvent trouver. »